Faut-il écrire « permis » ou « permise » dans vos phrases ?

Le verbe « permettre » conjugué aux temps composés fait trébucher plus d’un scripteur, mais rarement pour la bonne raison. L’erreur la plus fréquente ? Croire qu’il faut accorder « permis » au féminin, sous prétexte que le sujet est une femme. La scène est connue : une jeune femme lâche « Je me suis permis » et aussitôt, les adultes froncent les sourcils, persuadés qu’il faudrait écrire « permise ». Pourtant, cette correction tombe à plat.

La règle n’a rien d’ambigu : le participe passé « permis » ne s’accorde jamais avec le sujet dans les formes pronominales. Autrement dit, on écrit bien « Elle s’est permis d’entrer », tout simplement. Ceux qui veulent imposer « permise » se trompent de combat.

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Pourquoi cette règle ? Tout s’explique par la nature du pronom « se » dans « se permettre ». Contrairement à d’autres verbes pronominaux, ici, « se » ne joue pas le rôle de COD, mais celui de complément d’objet indirect (COI). On ne dit pas « Elle a permis elle », mais « Elle s’est permis à elle-même ». Et la grammaire française ne prévoit jamais d’accord du participe passé avec un COI.

Pour éclairer ce point, il faut distinguer deux types de verbes pronominaux :

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  • Ceux qui n’existent qu’avec le pronom (comme « s’enfuir » ou « s’évanouir ») : ils s’accordent avec le sujet.
  • Ceux où le pronom est COD, comme « se laver » dans « elle s’est lavée » : là aussi, accord avec le sujet.

Mais « se permettre » n’entre dans aucune de ces catégories. Ici, « se » est COI. Aucun accord n’est possible avec le sujet. Voilà pourquoi l’on doit écrire : « Elle s’est permis ce luxe » et non « permise ».

La confusion vient souvent du parallèle avec d’autres verbes pronominaux où l’accord est la règle. Prenez « se laver » : « Elle s’est lavée » (accord avec le sujet, car le pronom est COD). Mais dans « se permettre », la mécanique grammaticale change : le pronom n’est pas COD, donc aucun accord.

Un cas particulier subsiste toutefois : lorsque « permettre » est suivi d’un complément d’objet direct (COD) placé avant le verbe, l’accord redevient possible. C’est rare, mais la règle s’applique. Exemple : « Les folies qu’elle s’est permisES ». On accorde alors « permis » avec « folies », pas avec « elle ».

Pour résumer, on note deux situations :

  • « Elle s’est permis de sortir » : aucun accord, car le pronom est COI.
  • « Les folies qu’elle s’est permises » : accord avec le COD « folies », placé avant.

La vigilance s’impose, surtout devant l’attrait du « e » final qui semble couler de source au féminin. Mais la langue ne se laisse pas dompter par l’intuition. Elle répond à des règles discrètes, parfois contre-intuitives.

À force de vouloir bien faire, on finit par surcorriger et créer des fautes qui n’existent pas. Petite piqûre de rappel : « permis » s’accorde uniquement avec un COD placé devant, jamais avec le sujet quand il s’agit de « se permettre ».

La prochaine fois que la question surgira, sur une copie, dans un texte important ou lors d’un échange animé,, souvenez-vous : la grammaire n’a pas dit son dernier mot, et c’est elle qui a le dernier mot.